mercredi 22 novembre 2017 - Du tram, du bus    No Comments

Il faut tourner la page, changer de paysage… ♫

Camille aime bien aller vite. Elle marche vite, elle mange vite, elle boit vite, elle parle vite et beaucoup. Bref, dans tout ce qu’elle entreprend : elle fonce. Elle n’aime pas le silence, le vide, le calme et les endives au jambon.

Ses amis ont du mal à la suivre et son homme, au caractère plus calme, souhaite qu’elle arrive enfin à se détendre.
Au boulot, l’esprit vif et la spontanéité de Camille ne font pas bon ménage avec l’esprit d’hypocrisie et les codes de faucusseries de l’entreprise. Elle n’est pas douée pour les ronds de jambes et les stratégies. Elle ne le sait pas encore mais elle n’est pas du tout à sa place.

Ce matin, elle est en retard. En cavalant pour attraper son tram, Camille chute et se tord la cheville. Ca fait un mal de chien et elle ne peut plus poser le pied à terre. Sur le quai, un passant l’aide à s’asseoir sur un siège en bois de la RATP en attendant les secours.

Vu qu’elle ne fait rien à moitié, le résultat est net et le constat sans appel : 10 jours d’immobilisation et 15 jours d’atèle, non négociable. Elle doit s’arrêter et une chute plus rude encore se profile…

Camille est donc forcée d’être chez elle, de bouger le moins possible. Comme souvent, les ennuis volent en escadrille, sa connexion téléphonique et internet sont hors service. C’est la panique, ses défenses se mettent en branle et elle a l’impression que le monde s’écroule sous ses pieds, enfin surtout celui qui est en état. Après avoir passé des heures à engueuler le fournisseur de débit, elle lâche enfin un peu les rênes. La voilà pour la première fois de sa vie face à elle-même.

Les deux premiers jours sont cauchemardesques et Camille passe le temps en pleurant devant le vide qu’elle pense néfaste et destructeur.
Elle ne peut même pas téléphoner à des amis ou regarder la télévision pour se changer les idées et surtout remplir ce vide insupportable. Elle cherche sans trouver cette fois, quelques remèdes pare-angoisse.

Le matin du troisième jour, elle commence à se calmer et remarque que de son lit, elle a une vue imprenable sur un petit nid d’oiseau posé dans l’arbre juste à hauteur de sa fenêtre. Elle passe la journée à observer ce bel oiseau, dont elle ignore la marque, ramener inlassablement bout de bois et brindilles pour étoffer son nid.

Le quatrième jour, Camille commence à faire le parallèle entre cet oiseau et sa vie.
Elle réalise que parfois le temps est nécessaire, que le bruit n’est pas indispensable et que le calme apaise…
Le vide devient doucement supportable, il se transforme.
La connexion internet est rétablie mais Camille ne rebranche rien, elle verra demain.

Les journées passent et sont de plus en plus agréables. Camille est sereine.
Son entourage le remarque et la félicite de ce coup de frein salvateur…

Aujourd’hui, elle va retirer son atèle, se promener au parc et en rentrant, s’acheter un livre sur les oiseaux…
Aujourd’hui enfin, elle se relâche.

 

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