vendredi 17 novembre 2017 - Du tram, du bus    No Comments

T’as pas besoin de sonner, demande à l’interphone…

Arrivée à la station porte dorée avec son sac rouge, Maryse entre dans le tram, son smartphone à la main. Une entrée remarquée puisque dans ce matin calme, elle discute en parlant fort et avec le haut-parleur branché, volume poussé à fond.
Tout le monde se retourne vers elle en lui lançant des expressions de sidération, des rholala, des hého et quelques rares sourires devant l’absurdité de la situation. A cette heure-là, il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans le tram.

Pendant quelques instants, Pierre observe la jeune femme qui est à deux mètres de lui. Il remarque d’abord qu’elle a de très belles jambes et ensuite qu’avec une indifférence étonnante, elle prend en otage toutes ces pauvres oreilles. Les voyageurs ronchonnent en silence et font quelques grimaces de cisconstance.
La conversation de Maryse est limpide, côté cour et côté jardin.
– Mireille, tu es sa meilleure amie, s’il te plaît, dit à Rita de me contacter ! Je lui laisse des messages depuis plusieurs jours et elle ne me rappelle pas. C’est important, elle a sa compétition de volley dans quinzes jours !
– Je ne peux rien te promettre Maryse, tu sais, je crois qu’elle est passée voir sa tante Marie-Luce à Fort-de-France.
– En vacances chez Marie-Luce ?! A Fort-de-France ?! En novembre juste avant la reprise des entraînements ?! C’est une blague ?! Dis-lui qu’elle doit revenir en métropole avant la fin de la semaine sinon elle va m’entendre !
(Pierre veut bien la croire sur paroles…)
– Je vais lui laisser un autre message promis. Tu fais quoi là ?
Tu es dans le tram ?
– Oui oui je suis dans le tram, je vais à Charléty. Figure-toi que son entraîneur m’a convoquée pour que l’on parle du comportement de Rita… Je sens qu’en plus, moi sa mère, je vais me faire engueuler !
Allo ? … Mireille ? … Tu es là ? … Tu m’entends ?

Comme si la conversation en stéréo ne suffisait pas, Maryse s’applique à répéter chaque phrase de Mireille pour être certaine que personne ne rate un échange.
Pierre choisit pile ce moment précis pour arrêter le massacre, sauver des oreilles innocentes et interpeller Maryse.
– Excusez-moi Madame, je ne sais pas si Mireille vous entend mais nous on vous entend très bien. Peut-être même un peu trop… Pourriez-vous mettre un casque s’il vous plaît ?
– Euh oui excusez-moi je n’ai pas de casque mais je vais couper le micro…

Elle pianote nerveusement sur son smartphone et reprend sa conversation.
– Allo Mireille ?
– OUI JE SUIS LA !
Les quatre mots résonnent dans tout le tram avec la même acoustique qu’un requiem dans une cathédrale,
Quelques passagers, dont Pierre, éclatent de rire !

Maryse est tellement gênée qu’elle abrège la conversation et range maladroitement son portable dans son sac.

Pierre la regarde en souriant et ajoute :
– Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas très grave et pour votre rendez-vous, je pense que ça va bien se passer. Oh excusez-moi, je ne me suis pas présenté : Pierre, entraîneur de volley… Enchanté !

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