mercredi 15 novembre 2017 - Du tram, du bus    No Comments

L’amour comme un boomerang…

Le pose-culs. Charles avait inventé ce nom de pose-culs pour définir la barre horizontale à hauteur de bassins, de culs ou de cuisses (selon votre taille) et légèrement rembourrée où l’on pouvait s’adosser au milieu du tram. 
C’est à cet endroit précis que tous les matins, Charles observait Julia caler ses reins sur le fameux pose-culs.

Cela faisait donc dix huit jours qu’il croisait son regard. Il était sous le charme et rêvait de l’embrasser sous le gui, mais pour cela il y avait du boulot. C’était visiblement réciproque car elle lui souriait souvent en lui envoyant des oeillades complices. Charles devenait dingue; il entendait des boums et des bangs à l’intérieur mais ne pouvait pas l’aborder car tous les matins, il prenait le tram avec Sandra, sa compagne depuis sept ans.

Il y avait bien une solution : oublier Julia.

Il y avait bien une autre solution, Charles avait quelques minutes d’ouverture. En effet, lui descendait au terminus et Sandra deux stations avant Julia.
Le laps de temps oú Charles et Julia étaient seuls était donc maigrelet et de surcroît, il n’était pas très costaud pour l’abordage.

Ce matin, c’est décidé, il allait pourtant tenter quelque chose.
Sa vie avec Sandra était plate et morne depuis trop longtemps.
Sauf que ce matin, personne sur le pose-culs.
Personne, juste le jour où il était enfin prêt à affronter sa timidité.

Sandra dort encore à moitié, le nez dans son écharpe rouge, bercée par le ronron du tram. Elle regarde de ses yeux bleus clairs le tram vert foncé presque vide, les paysages qui défilent et Charles qui est loin dans ses pensées, il a l’air si triste.
Il faut absolument que ce soir elle lui annonce que tout est terminé. Cette mascarade n’a que trop duré et puis surtout, comment continuer à vivre avec Charles alors qu’elle est amoureuse de quelqu’un d’autre ?

Sandra arrive à sa station, embrasse machinalement Charles en laissant un habituel « A ce soir » errer dans le tram.

Quelques minutes plus tard, Sandra marche lentement dans la nuit du matin, c’est la période où le jour fait la grasse matinée. Au moment où elle s’engage dans la rue principale, une envie soudaine d’entendre sa voix.
Elle sort son smartphone, enlève ses gants gris, parcourt ses contacts et s’arrête en souriant sur la lettre J…

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