lundi 13 novembre 2017 - Du tram, du bus    No Comments

J’irai au bout de mes rêves…

Sur un quai de gare en forme de plage, des milliers de passagers ondulent comme une vague. Ils attendent le cétacé-transports pour un voyage qui va secouer. Le lundi, la conductrice c’est Madeleine la baleine. Elle a de la bouteille et la larme à l’oeil et mène âgée sa monture. Elle accueille les voyageurs téméraires, que vous soyez terre ou mer, solitaires ou grégaires. Madeleine stationne silencieuse sur le rivage sombre en attendant de découvrir nos visages et nos ombres. « Venez, braves gens, décrochez de vos boîtes à son, ici pas d’accordéon, accrochez-vous à mes fanons… ».

Sur un quai de gare envahi par le sable, des dizaines de crabes-fantôme translucides galopent de côté, zigzagant entre les dunes. Au point de rendez-vous, le banc de crabes s’arrête sur un banc de sable. Ils se tiennent tous par la pince car le froid grince et la pluie rince. Voici enfin celle qui va les transporter sur son dos bleu foncé, lente et majestueuse : Charlotte la tortue luth. La tortue lutte pour faire un créneau dans le sable, c’est pas facile.

Au hasard dans la poussière, ses pieds trépignent. Honoré attend le bus 100 pour rejoindre le train-fantôme. Il aime bien le numéro de ce bus. Samedi soir, la fête foraine bat son plein. Il y a décroché un petit job. Tous les soirs, dans le tunnel au second virage, planqué dans un cercueil en carton, Honoré fait « Bouh HAHA » à des voyageurs recroquevillés dans des petits wagonnets. Le petit train danse comme une vague, crie, hurle et roule vers son point de départ. Parfois, une passagère cheveux relevés en chignon, nuque offerte, va avoir une drôle d’impression. Pendant une petite minute, elle ressentira des picotements étranges sur deux points au niveau de sa gorge. Elle pensera que les attractions sont bien foutues tout de même… Honoré maîtrise son geste avec élégance, il est précis et sans bavures. Il se délecte d’avance, passe sa langue sur ses canines aiguisées, observe la file d’attente et s’installe discrètement dans le tunnel. Avide, Honoré prépare ses fioles dorées et baroques, vides. Quoi ? Il faut bien bosser, les temps sont durs. Une seule condition dans son contrat, Honoré veut être payé en liquide…

Me voilà arrivée, je crois que je me suis endormie. J’ai un peu mal à la gorge, il fait froid. Je vais passer à la boulangerie avant d’aller au boulot. Dès mon entrée, curieusement la boulangère m’interpelle : « Bonjour, aujourd’hui, nous avons des madeleines, une charlotte et il me reste un St Honoré… »

(La première phrase de chaque paragraphe est identique aux paroles de la chanson « La vague » de CharlElie Couture).

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