vendredi 10 novembre 2017 - Du tram, du bus    No Comments

En voiture les voyageurs…

6h45
Plus tôt encore que la veille, me voici installée avec mon grand sac argenté dans les entrailles de la chenille jaune et verte, côté tête, qui me mène tranquillement à mon gagne pain. Je vais être en avance. J’aime bien. J’aime bien arriver au bureau en même temps que le silence, pouvoir saluer la lune avant qu’elle file, apprécier ce moment où personne encore ne papote et saluer le vigile qui vapote.

6h55
Je ferme les yeux pour savourer l’instant juste avant le coup de frein sec et strident qui me sort de ma torpeur vite fait. La chenille s’est mélangé les pattes ou a croisé un objet roulant non identifié qui pue, au choix. Le mystère restera entier contrairement à mon sac qui s’est vautré.

7h00
Soudain, la chenille râcle sa gorge pour nous annoncer de sa plus belle voix rauque : « Nous allons stationner quelques instants pour régulation ». Bon très bien, patientons.
Je ne voudrais pas trop la ramener mais tout de même, une régulation à 7h du mat… Bon, bref patientons.
Peut-être que la chenille doit elle même se réguler… de l’auto-régulation…
Peut-être que la chenille a mangé un truc hier soir qui est mal passé…
Peut-être que la chenille a perdu une de ses milles baskets…
Peut-être que nous sommes tous prisonniers d’une chenille processionnaire et que nous allons lui servir de petit déjeuner…
Peut-être que tout ira bien et si tu veux, prie la chenille et le bon…bref patientons.

7h10
Nous sommes toujours à l’arrêt Gulation.

7h20
Ca s’agite dans le ventre de la bête. Les râleurs parlent de l’heure, le jour se lève et moi je reste assise.

7h25
Vu l’heure qui avance, je pense que je vais saluer la lune tout de suite ce sera fait.

7h28
Quelque chose passe, des bruits étranges se font entendre. La chenille entame une série de borborygmes prometteurs d’un départ immédiat.
La tension est à son comble, les voyageurs se taisent et écoutent attentivement le moindre indice annonciateur, le moindre mouvement de l’insecte…
Voilà que la chenille retrouve sa voie : « Nous allons repartir, merci de votre patience »
Nous sommes donc gentiment remerciés d’avoir patienter. En même temps, nous n’avions pas tellement d’autres choix… Sauf de tronçonner la bestiole à coup de pompes ou de l’inonder d’insultes, mais à quoi bon. Les râleurs ne seront pas râleurs : ils seront en retard comme tout le monde !

7h30
J’avais pourtant bien mis mes deux pieds en canard…
C’est la chenille qui redémarre.

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