mardi 2 avril 2013 - Poésies    1 Comment

L’hiver, hier

Derrière mes carreaux impairs, j’ai vu revenir l’hiver.
Hier.
Dans mon corps.
Mon nez glacé, mes doigts de pieds gelés dansent la country dans les bottines western, ma bouche gerçée par les mots déversés, mes mains figées, mes longs doigts érigés dans des gants élimés, mes cheveux électrisés voudraient bien rester au chaud près du bonnet. Même l’iris de mes yeux est fâné…
Dans mon dressing.
Mes robes à fleurs cherchent le soleil à travers les mailles rosier de la corbeille en osier. Mes sandales se battent avec mes bottes et filent des mandales. Mes espadrilles fabriquent des banderilles, mes tongs tanguent et tombent dans un long sommeil sans orteils.  Même mes chaussettes ont les boules…
Dans mon frigo.
Le beurre doux se crispe et risque de vexer la tartine et de briser la biscotte, un peu pâlotte. Le jus d’orange tourne givré, la pomme Granny Smith se pèle, les glaçons cristallins sont en surpopulation dans le bac et dans un dernier cri, libèrent des larmes de neige. Même derrière la porte, le lait se caille…
Dans mon sac.
Mes clés s’accrochent au trousseau en attendant qu’il fasse beau, sans arrêt mon téléphone vibre de froid et d’effroi, les pastilles mentholées font de la buée sur le paquet cartonné et le marque page avec sa cagoule dans les pages du livre, s’enroule. Même la 4ème de couverture est frileuse…
Dans le décor.
Nos corps se réchauffent l’un sur l’autre. Plaisir de la chair s’enchaîne, sans chaînes. Nos doigts bleus se mélangent et se croisent sous les draps mauves. Le vent colérique active et pique, il agace et titille nos muscles horripilateurs.  Même nos coeurs enlacés ne veulent pas hiberner…
Dans le dehors.
Les passants ont la trouille et se grouillent avant que le ciel ne mouille. Les arbres congelés enterrent tristement leurs bourgeons morts-nés, le macadam fume beaucoup et recrache par les grilles des égouts, le terrible froid des fous. Même les figurants ne font plus semblant…
Cette année, l’hiver joue les squatteurs, fatigue les facteurs et épuise les radiateurs.
Il ne veut plus se fondre dans le paysage et préfère brûler les visages.
Sur les vitres des voitures, la mode est aux rayures, et puis…
 …
Derrière mes carreaux impairs, j’ai vu repartir l’hiver.
Hier.

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  • simple et beau juste comme une glace

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