jeudi 28 février 2013 - Et les autres    No Comments

Camille, Arthur et les autres

Dans la rue pavée, étroite et verte qui mène à son appart, Camille presse le pas et se demande quand l’hiver va cesser.
Le nez gelé, les os gelés, les doigts bleus. Devant sa porte en bois fissuré, le vent furieux vient une dernière fois la narguer dans un vif tourbillon, comme un pied de nez à son nez glacé. Chercher ses clés, trouver ses clés, vite. Mais son sac en velours est lourd ; il planque un paquet de cigarettes et un paquet d’autres trésors… Ah, les clés ! Enfin. En fin de journée, c’est un vrai plaisir de rentrer chez elle. Elle claque la porte. Elle claque des dents. Elle marque un temps d’arrêt et inspecte d’un oeil détecteur de moutons, sa grande pièce claire autour de la table brute. Lampes de récup’, objets bizarres, cendriers improvisés en mosaïque, trente deux crayons à papier, trois chaises dépareillées, un vinyle sur la platine, un plaid sur la machine et quelques effluves de papier d’Arménie de la veille. Les coussins multicolores aux formes changeantes sont avachis, recroquevillés les uns contre les autres. Ils échangent quelques murmures sur les souvenirs espiègles et chaleureux du printemps passé. Elle s’approche lentement du couloir sombre et rond et le silence s’ouvre béant devant elle. En passant devant le miroir, elle se croise, se sourit et pense qu’il sera là bientôt. Dans une heure environ. Le temps qu’il lui faut pour jeter ses fringues, ses bottes, sa culotte et filer sous la douche. L’eau chaude réchauffe presque autant que le souvenir de leurs jolis moments, elle ferme les yeux sous la pomme ruisselante. Camille aime le bruit de l’eau.
De l’autre côté de la ville, il sent bon et claque la porte.
Quand soudain dans le ciel, un rayon de soleil…
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