dimanche 20 janvier 2013 - Contraintes    No Comments

Cantate

Après sa journée de boulot, il prend sa respiration et sa voiture qui date pour apaiser son corps photoshop et son esprit acrobate. Une portière claque et résonne fort dans le parking chaleureux et accueillant comme une casemate. Il roule plus vite que d’habitude, une envie irrépressible de grand air, il dénoue sa cravate et envoie valser son portable sur la banquette arrière grenat. Toute cette longue journée à rester silencieux, sociable et surtout diplomate
Après deux heures de route, le voilà enfin arrivé à Champlieu, ville adéquate. Il regarde le ciel bleu, sa montre plate méplate et le temps qui se gâte. Vite, courir et grimper sur les murets des ruines, arrivé aux thermes : éreinté écarlate. Se poser, souffler, se détendre. Sentir son esprit volubile s’échapper par les omoplates.
Laisser aller des pensées sans compter, c’est la minute délicate
Enfin, ça commence. Comme une vague douce et cambrée venant du fond de son âme, les souvenirs doux et veloutés remontent à la surface de sa mémoire trop souvent ingrate. Il se rappelle de leurs mots en cascade jusque tard dans la ouate, des mots échangés ou au contraire gardés prudemment derrière les regards. Il se souvient de leurs baisers astigmates. Il se sent presque près ; encore un peu de matière et de sonates pour son hémisphère vif et pirate
Maintenant. C’est l’instant, la solution attendue, inéluctable et immédiate.
A ce moment précis, sans plus attendre, il sort de sa veste -à la doublure nacarat– son carnet d’écriture automate et le dépose à sa droite sur la pierre que la pluie formate. Prise en main pour le contact, ouverture. Mine de rien ; hâte. Plus que quelques secondes avant l’impact…
Puis lentement, d’un geste élégant, sur son feuillet, il entame la descente de la pointe noire et mate de son feutre Paper Mate
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