mardi 15 janvier 2013 - Correspondances    3 Comments

« Un homme disparaît »

L’amour des commencements
Jean-Bertrand Pontalis n’est plus. Jibé Pontalis comme il aimait qu’on le nomme.
Aujourd’hui, il n’y aura donc pas de poèmes, pas de youpi-tralala et encore moins de musiques.
Peut-être juste quelques extraits de ma peine et de ses textes… La musique de mes mots est si fade comparée à la sienne.
Cet auteur me fut essentiel, primordial, fondamental dans mes lectures et donc dans ma vie.
Cet homme que j’aurai tant voulu rencontrer, croiser, féliciter, interroger, remercier…
Résonne encore dans mon esprit attristé ; la mélodie sublime de son cher silence… Merveilleux silence. Pas celui des lâches souriants et des joueurs sournois, non. Celui des nobles et des bienveillants. Celui des attachants, des liants, des aimants, des amants. Ses mots dansaient, virevoltaient sur toutes les pages de ses livres. Son oeuvre, sous ma forme préférée – les livres de poche – m’a souvent accompagnée. Planqué dans mon sac, un livre de lui à lire ou un déjà lu.
Qu’est ce que j’ai pu user comme crayons à papiers dans ses ouvrages !
Souligner, encadrer, sourire, pleurer en soulignant encore, cocher les pages en haut, corner les pages en bas, lire, relire encore.
« L’amour des commencements« , superbe titre qui à lui seul épargne toute 4ème de couverture ; tout est (presque) dit.
Subtile illusion, subtile croyance. Idiote illusion, idiote croyance… Et alors ?! Soyons illusions, croyances et idioties à la fois, c’est permis ! L’amour des commencements…
Ses livres sont vivants… Et puis lui aussi après tout ! MERDE !
« Il y a bien des façons de passer à l’acte, se taire en est une. » Pontalis.
Le songe de Monomotapa
Dans ce livre, par ses propres rencontres amicales, il évoque et interroge notre rapport aux autres, à l’amitié.
Aux amitiés, devrais-je dire. Le pluriel pour des relations singulières…
Amitié amoureuse, amitié longue durée, amitié furtive, amitié solide, amitié fragile et souvent les deux à la fois…
Amitié littéraire, amitié musicale, amitié sexuée, amitié tendre, amitié dure comme du bois, amitié sensuelle, amitié sexuelle…Je dois en oublier plein. Comme JB Pontalis le dit très justement : il y a autant d’amitiés que d’êtres humains. Peut-être le seul lien entre toutes ses formes amicales serait l’écoute respectueuse… Peut-être.
« Pour vivre et nous croire libres, il nous faut plusieurs espaces… ». Pontalis.
Fenêtres
Cet admirable auteur qui, dans ce livre (son meilleur d’après moi), nous ouvre quelques intimes fenêtres sur ses patients en analyse, sur ses consultations, sur les tristesses (ou les joies !) laissées là… Sur son divan, le petit coussin à replacer après chaque confession, chaque transfert, chaque interprétation, chaque association… Tout cela mais pas seulement.
Il nous ouvre également quelques fenêtres sur son propre ressenti d’analysant. Encore le pluriel.
Ses doutes (eh oui…), ses joies, sa compassion et puis aussi la futilité dans cette petite mouche posée sur la fenêtre et qui d’un coup tourne sur elle-même…, ses interrogations sur les patients et sur lui-même, le sens à tout cela.
A la lecture, on passe son temps à s’allonger puis à se relever. A écouter, à parler. A s’asseoir et à s’allonger encore… Cela pourrait paraître très inconfortable mais c’est tout l’inverse ! On se positionne tour à tour chez l’un, puis chez l’Autre et puis enfin, on se regarde… Et on comprend. On comprend sa version et la sienne aussi…
Alors, si vous ne deviez n’en lire qu’un (grossière erreur ! Mais admettons) lisez celui-là… Fenêtres.
« Celui ou celle qui arrive est rarement celui ou celle qu’on attend. » Pontalis.
En marge des nuits / En marge des jours
A la fenêtre de votre âme, la lumière sera plus claire et surtout faites comme lui ! Par pitié faites comme lui, pour toujours : doutez. Doutez de vous, doutez. Laissez vous le droit de recommencer, le droit au doute à l’autre aussi… Pardonnez, recommencez en corps, revenez. L’incertitude comme moteur, l’incertitude comme espoirs. Questionnez-vous de vos projections, de vos actions, de vos attirances, de vos émotions…
« Je tiens pour suspecte une pensée qui, tout en s’en défendant, à réponse à tout et tient à l’écart sa propre incertitude… » Pontalis.
Elles
Encore et toujours, le doux et assumé pluriel. Elles. Regard tendre et/ou cruel sur la gente féminine. Âmes en peine, je retourne à la mienne… A toi qui peut-être me lis de là-haut, en marge des jours, en marge des nuits, je n’aurai que deux mots : quel gâchis.
« Tant qu’il y aura des livres, personne, jamais, n’aura le dernier mot. » Pontalis.

3 Comments

  • La douleur est indispensable pour faire naître de belles phrases, de sublimes envolées, de tendres pensées. En dévorant le bel hommage que vous avez rendu à Ji Be point n’est besoin de lire les mots chagrin, tristesse pour comprendre et être ému par votre peine. Il se dégage un parfum où le regret se mêle à la tristesse avec une pointe de ce bonheur qu’il vous a offert. Dans chaque parfum il subsiste au bout de quelques heures une fragrance dominante, et nul doute que pour vous il s’agit de la note bonheur. Quant au regret de ne point avoir connu sa réalité il est éternel, mais, après tout, pour vous il est tel que votre esprit le dessine dans votre coeur et c’est bien là l’essentiel. Je m’en vais suivre le chemin que vous indiquez si joliment …

  • En effet, Pierre, souvent la peine aide à l’inspiration…
    Mais la réjouissance aussi !
    Les deux côtés de la médaille..
    Il est vrai que JB Pontalis restera éternel.
    Quelques chose me ravit dans votre discours ; c’est l’envie que j’ai déclenchée chez vous d’aller suivre le chemin de ses bouquins.
    Ca c’est une sacrée récompense : merci !

    Pour finir, je vous offre cet anagramme (on ne se refait pas !)
    Figurez-vous que l’anagramme du mot ETERNITE est ETREINTE !
    Une étreinte de mots pour envelopper l’éternité du phrasé…
    A bientôt sur Twitter ou ailleurs !

  • Elles … que je lis Belles jolie vision du pluriel. Je trouve que les travers amoureux des hommes sont plutôt taquinés dans ces récits ou parfois le « je » veut dire l’autre et où l’autre est soi-même. Pour une fois j’avance doucement, je lis, je relis certains récits. Je me retrouve ici ou là, je me rassure, je me pardonne, je me gronde, je souris. Je me comprends mieux … « Les voir en peinture » et la naissance du désir … Le réel, le possible, toucher … Le virtuel, l’impossible, deviner. L’éternel désir, anagramme ridés ! « Le pont neuf » une courte page qui décrit si bien la lumière qui baigne un couple amoureux et la nostalgie du vieil homme qui les croise. »Répliques de Swan » et la jalousie, un des plus affreux sentiments que je connaisse, mais presque … agréable puisque dicté par la passion. Ne plus s’appartenir.
    Lire et se comprendre. A trés bientôt ici, sur twitter ou ailleurs !

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